SORTIE VELO : FAVERGES Maurienne ISERAN en 2002

du 19-07-2002 maj 16-08-2015 Claude Bandiera
Le jour n’est pas encore levé, le temps s’annonce beau et chaud, la température affiche déjà onze degrés Celsius sur mon super thermomètre digital.
D’entrée les sensations sont bonnes, pas une miette de vent, le coup de pédale est souple et costaud, la température idéale favorisant ma progression. La luce (*123) avant étant défectueuse, car de toutes façons ça ne fonctionne jamais ces loupiotes, le départ est peut-être illégal, mais grâce à mon habit de lumière jaune, tout en cortex (non gortex : cortex : c’est le bonhomme), je suis vu, voire m’as-tu-vu. La circulation est minime, seuls quelques camions entretiennent la réputation de la RN 508.
Albertville est alors ralliée sans histoire, tout sur la grosse.
Grignon, début de la plaine du Grésivaudan, n’étant pas qu’une bête j’ai le plaisir d’admirer et de sentir le beau lever de soleil sur les arrêtes des Bauges, dont je me récite les sommets, mais les oublie à chaque fois. Je reconnais derrière moi, le Charvin et tout au fond le mont Granier.
Aiton, je fais la désormais habituelle halte dans la seule boulangerie du village et : « oh divine surprise », mamie Michelle ce matin n’est pas encore levée, c’est une sulfureuse blonde qui est préposée à distribuer les miches, qu’elle exhibe d’ailleurs fort bien. Allez ce n’est pas le tout ça, il faut reprendre ses esprits et se motiver : Aiguebelle, première bosse de ST Georges les Hurtieres : Plusieurs panneaux indiquent “ travaux ” : rien à foutre, je ne sais pas lire
Ça passe limite chieur entre les pelles mécaniques : Amed ne dit rien, le chef de chantier n’est pas encore là.
La petite route longeant la nationale est très agréable, d’autant plus que le fond de l’air est frais dans cette basse vallée.
ST Remy , puis ST Léger, le croisement des routes des cols du Glandon : je file fort et avale littéralement l’arrière petit cousin à René Garin (*60), sans oublier de le saluer quand même.
Voici Saint jean de Maurienne et ses jolies usines d’aluminium : c’est affreux, il fait encore frais, mais à midi ? Fin de la rigolade, voici la RN 6 en faux plat montant vers ST Michel, mais heureusement la circulation y est minime depuis l’ouverture de l’autoroute. Saint Michel de Maurienne : fin de l’échappée belle, je me fais reprendre par un jeune et beau californien. Je dois rassembler tout mon anglais pour échanger durant dix minutes.
Au pied du Galibier, le cousin de Lance Amstrong se fait le col, alors que mon vélo attaque en costaud la première côte vers Modane, sous la pancarte « Iseran 53 km : Maso va ».
La route est large et parfois à trois voies, donc vachement intéressante, bien que je pense au bon pêcheur : “ JC Carquex (*40) « , en admirant les eaux turquoises de la rivière qui coulent à trente centimètres de mes roues. Frenay, un ancien du gaz marche le long de la route, vélo à la main : “ Problèmes ? ” ; “ Non, je suis vieux et la côte est dure ”. Discussion : il commence à me raconter sa vie, j’écoute : qui a dit que j’étais un sanglier, un primate ? Bon, il est gentil le papi, mais moi, j’ai la moyenne à tenir. Modane : « circulez, même plus un train à voir ».
Une nouvelle bosse se présente , bien que ardue, j’ai le temps de jeter un œil à la dent Parrachée, à la Vanoise, les forts de l’Hermigon.

Ouf le plat, la rivière, les sommets enneigés de la Vanoise, la verdure, voici Bramant, un joli village aux maisons aux toits de lauzes : C’est tellement beau que j’en ai une érection.
Termignon, est un joli village blotti entre la rivière et un verrou glaciaire : Ayant sauté le ravitaillement, je traverse Lanslebourg en balèze. Mais bien fait pour moi, le col de la Magdalene, qui grimpe durant trois kilomètres, me rappelle à l’ordre.
Midi : voici le village de Bessans me rappelant quelque chose et quelqu’une. Le fou est toujours sur la place, les restaurants tapes à l’œil, où l’on bouffe la tarti flette à touristes, ont remplacés les cambuses d’antan. Juste le temps de me faire arnaquer de douze euros et je repars.
Les falaises qui encadrent cette magnifique vallée, où coule une jolie rivière aux eaux bleu d’auvergne, sont vraiment impressionnantes.
Bonneval : magnifique village aux toits de lauzes, délimite le fond de cette haute vallée. Iseran “ 14 kilomètres ”, d’entrée je suis nase, je sens que je ne vais pas aller bien loin. Ça monte dur, mais j’ai le temps d’admirer les glaciers dont j’ignore les noms d’ailleurs.
Il fait très chaud malgré l’altitude. Sur le replat du pont de la neige, ne donnant pas un coup de pédale, j’hume cet air et cette ambiance fantastique. Après une heure et demi d’efforts, me voici au sommet de ces 2770 m, où je bascule en costaud, sans un regard pour les nombreux cyclistes montés du côté de Val d’Isère.
Légèrement en contrebas, je croise la cousine, non pas Bette, mais à Jeanie Longo (*67), qui grimpe comme un avion.
Durant deux secondes, j’hésite, lui cours-je après, mais quoi lui dire, comment lui dire que je viens de tomber amoureux, .. de sa belle bicyclette ?
Trop tard, la belle est loin, mais Dieu, que la vue sur val d’Isère, Tignes, le lac, les montagnes enneigée, est belle : ce qui me vaut la troisième érection de la journée.
Pas le temps de faire une photo, d’ailleurs la course c’est la course.
Passage des tunnels, c’est un scandale comme dirait Georges, la plupart ne sont pas éclairés, c’est très dangereux, malgré la Luce (*123) que j’ai sur ma randonneuse.
Après le barrage de Tignes, je pense à mon père qui a longtemps travaillé ici et oui, chers lecteurs, puis plonge sur Bourg saint Maurice , toujours aussi chaude.
Certains, se contenteraient de rentrer à Albertville par la nationale, ou de prendre le train, mais ma randonneuse, elle, tourne à droite et embraye directement vers le Cormet de Roselend .
Prononcer comme à la télé « Rose Lande », ça fait plus jeune. La pente est rude, mais pas rédhibitoire, c’est le vent de face qui rend la progression difficile.
Je me faufile tant bien que mal dans un peloton de deux mille pécores.
Le Cormet de Roselend étant surmonté, dans un décor digne du Colorado, après 19,3 km de galère, je plonge vers les eaux turquoises du lac à l’étiage inférieur d’ailleurs.
A cette heure ci la belle lumière rasante, fait ressortir le relief des montagnes.
Méprisant Beaufort et son fromage, je passe par Queige et le petit col de la Forclaz : qui a dit “ petit ”, non, pas long certes, mais costaud.
Au sommet je m’aperçois, en me tâtant le bas du dos, qu’il me reste encore un fond de paquet de LU Nantais et malgré mon boycott, je bouffe : les biscuits, le paquet ainsi que le papier aluminium.
Autant dire que la remontée, par Ugine, Soney et son four à pain, vent de face, c’est de la rigolade.