Randonnée cyclotouriste de Brest à Menton à bicyclette juillet 1996

claude bandiera 01-01-2004 maj 28-10-2016 (Taper sur CTRL-F pour chercher un mot dans ce texte)

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Après un péricycle aller de 1091 Km, suite à une dent contre la politique commerciale de la SNCF,. j'arrive à Brest, fatigué, mais en ayant traversé et humé de belles régions.
Accueil chaleureux à l' hôtel "Le colbert".

Les propriétaires sont réellement habitués à recevoir des diagonalistes.
La chambre est spacieuse, claire, calme, la Télé, la douche..., il ne manque presque rien.
Cependant, le patron insiste pour que l'on paie en liquide ...., allez va, pas de problème, étant donné le niveau de prestations et d’accueil ..
Au commissariat, une jeune policière plutôt sympathique pour une travailleuse de nuit, officialise mon départ.
Une jeune fille frigorifiée, paumée et imbibée de nicotine, assise devant le commissariat me quémande une cigarette, et me demande si je suis flic moins aussi. En ai-je l'air !!, peut être est ce mon casque, qui lui fait penser cela ?
N'ayant pas la possibilité de satisfaire Nicotine, je lui offre de quoi boire un grand café, et c'est un peu retourné, la conscience tranquille, mais le ventre vide, que j'emprunte à 5 H 38, par le centre ville, la route de Kerhuon, et la route touristique de la forest Landerneau, sous les seuls encouragements des mouettes enthousiastes.
Le voyage aller, m'ayant mis les jambes dans un état déplorable, le départ est laborieux, mais l'air marin, et le vent favorable, sont réconfortant..
Après Sizun, la route serpente la montagne noire, déserte , fraîche, et embaumée par les fougères.
Les gens aiment le vélo par ici, car ils m' interpellent très gentiment.
A 10 h je m’arrête dans une boulangerie, pour dévorer 3 pâtisseries, et engloutir, un grand café sous les yeux effarés de la boulangère.
Catastrophe, le support métallique de ma super sacoche avant casse.
Heureusement, un garage Renault, me dépanne gentiment. Et après 1 h de ferronnerie, me voila reparti.
Le vent étant toujours favorable, l'allure est agréable, même si les cotes, deviennent plus difficiles à avaler que les crêpes bretonnes, sur un goudron liquéfié.
Mes cuisses, et genoux sont tellement raides, que chaque bosse est grimpée au ralenti.
Ce qui me laisse largement le loisir d'admirer l'habitat breton. Ces maisons de pierre, agréablement fleuries, sont vraiment magnifiques..
Heureusement que les supportrices locales, m'encouragent de beuglements sympathiques, car les spectateurs sont peu nombreux.
Si certains parlent aux oiseaux, moi je parle aux vaches et aux chevaux, qui je n'en doute pas, comprennent ma conversation.
La France serait elle peuplée de bovins ! quelqu'un l'a dit avant moi, et je commence à le croire.
A 16 H je téléphone à hôtel Baladins, à Carquefou, près de Nantes. La jeune et jolie
préposée qui réceptionne mon appel m'attend avec impatience ! Quelle organisation..
Mais, je suis doublé par un camion de cochons, qui m'asperge d'un doux parfum enivrant, ce qui compromet fortement mes chances auprès de Nathalie.
A 22 h, après avoir tourné en rond dans la zone industrielle , j'arrive à Carquefou après 323 km.
Mon éclairage étant cassé, le final est un peu limite!
Mais à l'arrivée, le charme de la jeune fille est à la hauteur de mes fantasmes!
Je suis content de ne pas avoir abdiqué dans la zone de Carquefou, car la dame, m'avait préparé un repas, froid, mais très copieux, et surtout, arrosé d'un petit rouge réconfortant.
Après avoir englouti ce bon repas, et appris à la Télé que la France venait d'obtenir sa 25 ème médaille au tir de fléchettes, je tente de dormir à même le sol, les jambes posées sur le lit .
Je rêve d'un bon massage, mais la prestation n'est pas comprise.
J'allume la télé, que je n'ai pas la force d'éteindre, et c'est avec Gégé que je passe une nuit. agitée.

Mercredi 24 juillet 1996 : Etape deux de cette randonnée cyclo-maso-touriste Brest Menton sans aucun Bernard

Départ dans l’obscurité à 5 h 30.
Heureusement que Nathalie mon guide, m'a expliqué comment sortir de cette foutue Zone, sinon, j' y serais encore ..
Il suffit de passer le pont sur la Loire endormie, et l'aventure continue, sur cette route plate, qui serpente le vignoble.
Quelques vieux moulins avant, plus vrai que nature , vestige d'un passé glorieux, me rappelle que le vent souffle par ici.
Mais heureusement il est toujours favorable.
Le temps magnifique, et la chaleur forte, m'obligent à boire 5 à 6 litres de .. liquide : eau, mais aussi café et bière !!
Je continue de faire le bonheur des boulangeries!
La route de Cholet, arpente les champs de blé, mais l'air marin fait oublier la monotonie de ce paysage, qui devient plus intéressant, après Mirebeau, car la route est plus sinueuse.
Contournement de Poitiers, en passant tout près du futuroscope.
Les entrées de ville étant pourvues de déviation, mais les directions pas toujours superbement indiquées, il faut, tout en roulant essayer de lire la carte, et de s'orienter au mieux..
Cependant mes cartes étant anciennes, et certaines départementales devenues des 4 voies, je me retrouve, à deux reprises, sur une route départementale, interdite aux cyclistes . Merci le conseil général de la Vienne.
Bien que la traversée de la forêt de Lavoux, m'apporte un peu de fraîcheur., je suis obligé à de nombreux arrêts au stand, car mes genoux et cuisses sont de plus en plus douloureux
La voiture Mavic, ayant été larguée depuis longtemps, je suis obligé de me suffir à moi même. par des étirements qui me soulagent quelques minutes.
A Montmorillon, j'envisage de m’arrêter et de ne pas poursuivre j'usqu' a l’étape prévue.
Mais cette sous préfecture de la Creuse, ne propose aucun hôtel!
Je continue alors tranquille, direction Bourg Archambaud, joli village ou j'ai le temps d' admirer un magnifique château. j'y trouve un café authentique, qui fait hôtel, mais , celui ci est complet !!
Lussac les Eglises, très très joli coin de la Creuse plus que profonde. Un café, qui fait hôtel, encore complet, il est 9 h 30, et la nuit tombe.
Le patron :"AH vous êtes savoyard, mais qu'est ce que vous est donc venu faire ici dans une région si sauvage, alors que vous venez d'une région si belle !" "Oh des bons gars ces savoyards."
On daigne bien me faire à manger, pour 50 F, vin et café compris. Ce repas très copieux et bon, me fait du bien, mais le patron un rustique pur et dur limousin, ne peut rien pour moi.

      • « Je suis près a dormir dans une grange »
      • « Non, ce n'est pas possible », même pas au revoir »


Et dire que je l'ai entendu deviser sur la misère du pays, sur le manque de touristes
Ces limousins certainement pas méchants, mais pas formés au tourisme ..
Je me délecte tout de même un moment en écoutant ces discussions de comptoir, ou quelques piliers de bars refont le monde, et tout ca avec l'accent Limousin.
Je n'ai donc d'autres choix que de dormir a la belle étoile.
Bien qu'ayant repéré un joli banc prés de l’église, je décide de continuer ma route, c'est plus prudent !
5 km plus loin, en pleine nature, je déniche un transfo EDF trois étoiles, garanti sans pyralène, contre lequel je peux m'adosser.
J'ai tout le loisir d'admirer la voie lactée, dans cette nuit merveilleusement étoilée. Est - ce la fatigue, l'émotion, mais je n'ai jamais vu le ciel de cette façon . L'absence totale de lumière environnante et la qualité de l'air doit y contribuer.
La nuit est calme, mais mon sommeil est perturbé par d' inquiétants petits bruits animaliers.
Sont ce les sangliers qui viennent rendre visite à leur frère "Porcus vulgaris cyclus Costo, des Alpes..".?
Je trouve toute de même quelques bribes de sommeil.

Jeudi 25 juillet 1996


La fraîcheur du matin, n'arrange vraiment pas l'état de mes genoux, et c'est pourquoi à 4h 20 Je redémarre sous la conduite de l'étoile du berger, qui brille vraiment très fort, tel un lampadaire juste au dessus du bocage.
J’ avance lentement et sans bruit, dans cette merveilleuse nuit calme.
J'ai sommeil, soif, faim, et mal aux genoux, et effectue ainsi 12 km !! dans l'heure.
J’arrête de pédaler pour jouir un instant du silence total, mais le bruit de mon dérailleur même, me gêne, et c’est pourquoi je m’arrête un moment pour bénéficier d’un silence absolu !.
Je pense à cet instant à tous ces SDF, qui eux vivent ces sensations tout au long de l'année. Cependant les sensations sont fortement émouvantes et sincères.
Une très forte impression de solitude, sérénité et de calme m'habite .
A 8 heures du mat’, J'atteins "La Souterraine" , après un formidable parcours dans cette Creuse calme et envoûtante. et suis théoriquement presque dans les temps.
Mais il est évident que j'ai déjà virtuellement abandonné l'idée de rejoindre Menton.
J'y fais pointer tout de même mon carton, dans un bistrot ou j'avale un grand café.
Pas sympa du tout par ici le tôlier ! Peut être pus je ? il faut dire qu’après 300 Km sans me laver, je dois sentir un peu le fénéc.
Après avoir croisé la route habituelle de mes vacances à l'océan, j'emprunte une petite route tortueuse tranquille dans un paysage de bocage, ou paissent les fameuses vaches Limousines, que je prend pour des bisons.
L’ endroit est vraiment très beau, il faudra y revenir !
Vassivière, ou le tour de France a fait étape, je me décide enfin à acheter une pommade pour mes jambes. Donnez moi la même que pour "Jaja".
Et effectivement l'effet est quasi immédiat. Et c'est en costaud, que je me hisse sur le fameux
plateau des Millevaches, dont nos instits nous ont tellement parlé. Il faut dire que l'endroit est vraiment conforme à ce que j’imaginai.: Forets, lande, et calme. A midi je pique un somme dont je rêve depuis plusieurs jours, sous une sapinière, engazonnée.

Bien que je ne nique, pas, c’est le pied.
Pour le reste de la journée, au diable, la moyenne et la diagonale. je respire à fond la fraîcheur du plateau des Millevaches.
A la Courtine au Km 131, à 15 h 20 , je décide de m’arrêter, et après un roupillon de 4 h, je fais honneur à une marque de bière bien connue dans un petit hôtel sympa recommandé par le guide cyclo.

Vendredi 26 juillet 1996


Après cette bonne demi journée de repos, synonyme d'abandon de la tentative, c'est les jambes moins fatiguées et l'esprit plus tranquille que je repart à 7 h 35, sur une belle route large, mais à cette heure ci, la circulation est vraiment minime, le paysage est beau, et l'impression très agréable.
Je rencontre un vrai cyclo, avec qui je fais un bon bout de chemin jusqu’à Condat.
Enfin un cyclo qui sort de ces abrutis du dimanche matin .
Christian est prof de gym à Tours, et effectue 100 km par jour, en vrai cyclo, un peu à l'inspiration.
Un peu mon rêve quoi, mais rêve brisé par cette frénésie de km qui habite certains cyclards gourmands dont je fais partie.
A condat, jolie petite ville qui pourrait bien être une base pour des randonnées en Auvergne, je découvre le plateau de Cezallier, terres de hautes chaumes, et vues sur la chaîne des puys, d'ou une profonde émotion se dégage.
A Marcenat, jolie petite bourgade tranquille, (H), je remarque la maison de la foudre. Et comprendra un peu plus loin pourquoi il existe ici un tel musée. Un petit arrêt au stand pour engloutir quelques pâtisseries sous l'oeil médusé, mais sympa du boulanger, qui doit faire du vélo, car il me demande ou je vais, me serre la main, et me donne le profil du parcours.
A Allanche je remarque le vélo rail, dont j'ai déjà vu un reportage à la Télé (H).
Arrivée à St flour, plutôt sT Four, ou la chaleur est étouffante, j'achète quelques cartes postales
Je m'offre en prime le petit crochet par le viaduc de Garabit, dont j'ai tellement entendu parlé à l'école primaire.
Le viaduc vaut vraiment le détour, comme dirait mon sponsor, mais il me faut remonter la route de la bête, en direction de la Margeride, sous l'orage menaçant.
Mais au moment ou je pense que grâce a mon allure je vais lui échapper, le voila qu'il me punit de mon arrogance par la plus belle douche que j'ai essuyé en 30 ans de vélo.
Si seulement je tenais le salaud qui m'a piqué mon imper à Brest, le temps de décharger mon vélo sur le trottoir de l’hôtel.
Sur le Mont Mouchet, haut lieu de la résistance, l'orage pète vraiment fort.
En fait de route de la bête, ce sont les abeilles que j'entend. Deux trois coups de tonnerre vraiment proches, me foutent vraiment la trouille.
Vais je alimenter la rubrique nécrologique de cyclo pèlerin magazine. Non pas encore pour cette fois !
Je touche enfin Pauhlac, village martyre, à 19 h 30.
Il faut que je m’arrête la, car je suis trempé des pieds à la tête, et mes genoux, n'ont pas du tout apprécié cette talasso- saloperie que m'a envoyé la Margeride.
C'est sous les bravos du coq et des oies de la ferme que je rallie l'auberge du bon accueil, la bien nommée.
Ouf, il reste des places en gîtes dans cette ferme auberge, authentique,
Après un repas simple et sans chichi, mais excellent, arrosé d'une bonne bouteille de cote d’Auvergne. C'est, bourré, que j'occupe seul le gîte vide, heureusement, car la fatigue m’empêche de dormir.

Samedi 27 juillet 1996

Départ de Paulhac, à 5 H 20, encore une fois sous les seuls encouragements du coq, le reste de la ferme étant encore assoupi. Dans la Margeride encore embrumée par l'orage du soir, la bête affamée avance sans bruit.
Mais à Saugues , la bête à trop faim, et une halte petit déjeuner, chez Huguette, s'impose, celle ci m’engueule parce que je ne fini pas sa confiture de framboise.
Je suis fatigué, mais la vue d'un noctambule qui distille son blanc, me réconforte de mon état, (a chacun sa défonce après tout.).
Après avoir sifflé la miche ... de pain complet, pour faire plaisir à Hugette, je repart tranquillou, au dessus de Saugues, dont seul les toits des maisons dépassent d'une brume apaisante.
La montée au mont Gerbier des joncs, constitue le 1er véritable col depuis le départ.
Cependant, grâce à Eole, l'allure est agréable et correcte, sauf sur le sommet ou les rafales de vent tourbillonnantes rendent l'avancée plus difficile..
Ce panorama d'une beauté sauvage, est extraordinaire.
AH, que j'aimerai vivre ce décor au mois de novembre, bien blotti au chaud dans une maisonnette en pierre, et loin des fureurs de la ville.
Je suis tellement costaud, que je décide de faire le détour jusqu'au sommet, afin de prendre un petit bain de foule.
Mais c'est dans l' indifférence générale, que j'alimente les sources d'une Loire, déjà polluée, 1 km après son départ.
Je ne suis pas le seul à alimenter le plus grand fleuve de France, puisque, au détour d'un virage. je bénéfice, bien malgré moi, d'une magnifique vue, sur un mont d'une autre planète.
Dans l'euphorie qui s’ensuit, je rattrape un triathète du dimanche, comme je les aime .
Ce qui me rassure sur ma condition physique.
Celui ci, beau et con, a la fois, a moins de conversation que les bovins rencontrés tout au long de la route.
Après quelques beuglements amicaux, et en guise de remerciements pour les relais assurés dans un fort vent défavorable, et sous l'orage menaçant, il profite d'un virage raté, pour me larguer dans la descente. Et ce ne sont pas les protestations de l'élevage de cochons, en huttes, qui changent le cours de la course .
"Allez casse toi va, tu es vraiment trop con" , semblent crier les ovins, "vas y Bel Fiol ..", reprennent les truies. Ces encouragements me vont droit au coeur.
J'aborde enfin la descente sur l'Ardèche, les montagnes sont vraiment sauvages par ici,
Bien que ce paysage soit fantastique, je préfère l'Auvergne, plus calme et reposante pour l'esprit.
Col de l'arénier, cette fois ci j'échappe de justesse aux griffes de l'orage.
La descente rapide jusqu’à Privas, sur une route bien dessinée et large, vent de dos, est très agréable malgré le flux montant des vacanciers, chargé de bicyclettes sur le toit ..
Je croise quelques cyclos campeurs, bien équipés, style étrangers, des costauds assurément. J'ai mal pour eux !
A Privas, ou la chaleur de fond de vallée, est éprouvante, je quitte définitivement le parcours de le diagonale, à 15 heures, à 410 Km de Menton exactement, pour rallier Le Nord de la Drome, par la RN 86 ou la circulation dense, engendre une pollution telle que j'ai des quintes de toux.
Jusqu'au Pouzin, je longe l'Ouvèze, le plus bel égout à ciel ouvert de France.
Je veux bien que l’Ardèche soit une zone sinistrée, mais à ce point, je n'avais encore jamais vu !!
Bizarre, personne n'en parle. D'ailleurs cette vallée est vraiment dégeu, car je croise deux décharges sauvages au bord de la route . Belle publicité pour l'Ardèche.
Mais en Ardèche, coule également de beaux liquides.

Arrêt à Cornas, chez Marcel Juge, afin de soigner la toux, et acheter une bonne bouteille à ramener à l'Oncle Drômois.
Ce Cornas est l'un des tout meilleurs vin de la vallée du Rhône.
Et, c'est en costaud, dopé par Marcel et Eole, qui souffle dans le sens inhabituel, que j'arrive à l'heure du blanc, à Anneyron, ville de Bernard Vallet, puis ST Sorlin en Valloire, chez l'oncle Pierre.