De genève au puy en velay, sur les chemins de la foi de Saint jacques de Compostelle

RECIT d’un bout du chemin de Compostelle de GENEVE au Puy en mai 2005

Récit de voyage, 14-12-2005 maj 05-05-2013

 

Etape 1 : Vendredi 29 AVRIL 2005


Arrivés par autobus, en gare de Cornavin sous l’œil endormi, voire condescendant des travailleurs, nous voilà à nouveau au Rondeau de Carouge sans même un regard pour les petites coquilles indiquant le chemin de saint jacques, désormais chemin des écoliers pour nous.
Tels deux mécréants que nous sommes, l’allure est souple et déterminée, car le but avoué est de s’imprégner de ce magnifique chemin et de ses paysages hors du temps, mais d’arriver au Puy neuf jours plus tard :
Désolé, mais vacances obligent ; comme quoi nous ne sommes pas encore détachés des choses bassement matérialistes.
La suite prouvera que cette attitude nous sera fatale et que le chemin n’est pas un terrain de jeu pour couraillons en mal d’endorphines, qu’il faut se le mériter, l’intérioriser avec délectation.
Quoiqu’il en soi, nous apprécions la beauté et la propreté toute lémanique de la banlieue genevoise et des villages traversés : Saconnex d’Arve, Compesières, et son abbaye annoncent déjà l’esprit du chemin.
Mais dans les dernières rues de Genève, la première déesse apparaît, est-ce un signe de Dieu, une mise à l’épreuve, une tentation : Christelle, une jeune et jolie blonde azur ; fume : son joint de culasse vient de lâcher, ou plutôt celui de sa voiture : « Ma chérie, je te conseille de remettre de l’eau du ruisseau, coulant 30 m en de ça ; certes, elle n’est pas bénite, mais présentement indispensable ».
Petite ba accomplie, nous reprenons, non sans émotion, la route et le chemin de Neydens sous une chaleur déjà suffocante et un soleil brûlant.
Ayant passé sous la barrière de la douane, chemin faisant, dans ce village français, première halte, et gourdes rapidement remplies, les rudes montées vers Beaumont et le col du Mont Sion, dans une campagne verdoyante et suffocantes de beauté, sont éprouvantes.
Abbaye de Pomier passée, non pas bercés par les chants grégoriens, mais par la meute des chiens aboyant, la caravane continue son chemin.
Le mont Sion, déverse son flot de frusbach allant gagner leur croûte, mais aussi faire monter les prix savoyards dans la capitale de Calvin.
Le plateau de Chaumont, et les jolis villages haut savoyards nous offrent un immense panorama sur les Préalpes dont je récite à nouveau les noms, avec un malin plaisir : La Tournette, la Sambuy, les Bauges encore enneigées sous un ciel bleu d’auvergne.
Le premier bivouac sera marqué dans une clairière digne des nouvelles de Gorges Sand, charmé par les hululements des hiboux.
Le repas est tiré de mon bleuet, pâtes et soupes, arrosé d’un remontant bien de chez nous réchauffera un peu le ventre et nos cœurs.


Etape 2 : samedi –Les hauts de Frangy-Serrieres en Chautagne

Le champ du coq de bruyère faisant usage de clairon, le jour pas encore levé, je boute josy hors de la demeure, et prestement la tente est démontée de immense clairière.
Appuis alertes, mais démarche cahin-caha, la forêt est cependant magnifique des senteurs du petit matin.
Cette Haute-Savoie là est très campagnarde et déserte, seuls quelques tracteurs agricoles nous contre-passent
Les prairies et la foret sont fraîches, mais la descente vers le Rhône en vue de Seyssel, est déjà chaude et étouffante, en vue des monts du jura et le Grand Colombier, un fameux col que certains cyclistes connaissent bien.

Par une succession de hameaux et masures, nous atteignons le Rhône puis longeons longuement le fleuve, jusqu'à Mathy.
Mimi, la vampe des lieux nous tiens la jambe lors de la pause souper, dans cet abri aménagé à l’entrée du village.
Puis bleuet, soupe en sachet et côtes de Seyssel aidant, il nous faut trouver un bivouac dans la peupleraie déserte et habitée de quelques hiboux en mal d’amour.
Tente montée dans la pénombre et la rosée, un bref coup d’œil à la carte indique quarante kilomètres.
Inquiet cependant des bruits de la foret et du sifflement du vent dans les hauts peupliers, la nuit sera plutôt agitée dans cette grande solitude.

Etape 3 : Dimanche 1er mai 2005 Serrieres en Chautagne - Tournier

Six heures, la peupleraie est déserte, l’ombre de François Villon plane, et les premières cloques éclairent déjà nos pieds insuffisamment préparés.
Mais à la fraîche, l’allure est joyeuse et alerte le long du Rhône, la lune fantasmagorique, éclaire à demi quartier, une escouade de cygnes, volent au dessus du long fleuve tranquille, en vue des monts de Bugey,
A Chanaz, alors que la boulangerie ouvre à peine, nous rencontrons les premiers indigènes depuis hier après-midi, mais les jeunes vendeurs à la sauvette se battent déjà pour avoir le meilleur emplacement afin de vendre un peu de bonheur à quelques quidams, et surtout afin de constituer leur petite cagnotte : amusant à observer.
Ayant ce matin, tapé dans les graisses durant deux heures, un arrêt bleuet et boulange est marqué sur la placette avant la rude montée vers Jongieux, sans même un regard des autochtones.
Nous attaquonst donc gaillardement la très rude montée en direction de Jongieux.
La pente est rude, certes, mais les bois, la campagne de cet avant pays savoyard, tellement tranquille et beau, malgré les chiens aboyant à chacun de nos passages.
Les chiens, le hibou, le coucou, seront les déterminateurs communs de cette randonnée hors du temps.

Les vignes, sous la dent du chat, sont à peine en feuilles, mais la chaleur est déjà intense dans ces coteaux aux pentes abruptes,
Le fardeau est bien lourd à porter fort de ses quinze kilogrammes :
« Ah c’est sur, on ne va pas mourir de faim, avec ces sacs prépares par la Josy, Minvitin, fromages, soupes, pâtes, sortant de toutes les poches comme des farfadets ».
L’église étant fermée, elle ne sera pas visitée, mais le bas relief rapporté sur le mur de la mairie, est joli, tout de bleu vêtu.

La pause de midi à la Chapelle de saint Romain, magnifique au demeurant, est l’occasion de bavaeder,voire de sympathiser quelques instants avec le peloton des mamies de la migros en goguette.
« Et roublou blou, rabla bla ; t’es d’où, vous allez à Compostelle ? »
Non, non, vu , l’état des pieds en compost, elle , ne pourra rejoindre le Puy.
La descente vers Yenne et le Rhône, bien que magnifique dans cette forêt de buissette, me rappelant les messes d’autant, et la fêtes des rameaux, sera aux enfers, car la chaleur et la fatigue de ces trois derniers jours pèsent dorénavant.
Yenne enfin ; vroum, vroum, les motards très en colère rivalisent sur la RN 532 menant à Lyon.
Ceux-ci rencontrerons peut être Dieu dès ce soir.
Un cimetière en effet, l’eau est en principe à gauche en entrant, et bien oui, le proverbe se vérifie une fois de plus.
Margueritte, une néo randonneuse en gants blancs, nous converse et nous tiens la jambe un bon moment..
Mais à chacun sa route, chacun son chemin, Margueritte s’en retourne à Chambéry, et nous, reprenons le chemin du Mont Tournier, rude, chaud, tout en buisssette, en vue du Rhône.
Le paradis avoisine, près du roc : l’enfer, une pause à La chapelle de Notre dame de la montagne, dans la poussière les bras en croix, et les pieds en éventail sera un purgatoire apprécié, d’autant plus que la vue se dégage sur la ville en contrebas, le col, la dent du chat, et le Rhône.
Le parcours du Mont Tournier, est beau, mais long, et éprouvant, la nuit tombe déjà, comme le rappelle le hibou.
« Coucou, coucou », renchéri un autre animal, la cabane des chasseurs de Theze, en plein bois, est un lieu de bivouac idéal.
C’est le paradis ; table, eau, avant toit, c’est pourquoi, l’endroit semblant désert, le bivouac sera prestement monté, le repas pantagruélique car il faut vider ce stock de pâtes, que je transporte depuis trois jours.
Spaghetti, coquillettes, farfalette, toute la panoplie de la migros, sort du sac, et surprise un remontant, une eau, bénite et fortement alcoolisée oubliée au fond d’une poche du sac.
Mais diantre, plus de rouge, le repas sera donc lacté, comme les jambes après ces trente-neuf kilomètres.


Etape 4 : Lundi 2 mai La cabanes de Theze, le mont Tournier –Les Abrets

Coucou, coucou », le sale oiseau commence à me gonfler, les bois toujours les bois ,le col du Tournier est bien loin.
Mais après une ultime rude montée, voici le sommet, les prairies, et la plongée sur saint Maurice de Rhoterens.
Le vallon est tout de verdure, ce village haut perché est magnifique : « Emotion ».
Par une succession de hameaux, tous plus tranquilles et beaux les uns des autres, il nous faut refaire le plein de victuailles et surtout de picrate à Saint Genis sur le Guiers.
Sur la place du village, alors que tels deux tourtereaux, Josy, pomponne mes petits petons ; une autre déesse, vient nous faire la conversation :
Babeth, nous invite à boire un café chez elle, et nous offre même des chaussettes.
C’est ça le miracle du chemin, signe de Dieu, la bonté de certaines personnes.
Mais bien que sympathique, il faut quitter, miss saint Genis, et c’est sans même une gâterie des lieux qu’il faut bien reprendre la route surchauffée, par quelques cotes tueuses
Il fait chaud le long Guiers dans cette jolie campagne du nord Isère.
Aux Abrets, de gros nuages noirs, planant au dessus de nos têtes, et entre nous ;ce sera tous aux abris.
Nous choisissons le meilleur Hôtel de la cité, d’autant plus que c’est le seul et en plus recommandé par le guide du pèlerin.
Deux étoiles, mais pas très cher, et bien moins que ceux d’Annecy, le plus salé lac de France.
La chambre n’est pas luxueuse, mais ce sera la luxure, ce n est plus le chemin de Compostelle, ni le raid gauloise, ni même le club med, mais carrément la croisière s’amuse.

« On a mangé : »
Et puis non, je ne vais quand même pas vous bassiner avec la bouffe.
La nuit sera orageuse et ventée.

Etape 5 : Mardi Les Abrets - Le Grand Lemps, en Isère.


Forcement, le départ est plus tardif et rétif.
Le cheminement se poursuit toujours de villages et prairies, vers le grand Lemps, par des côtes assassines : « Mais où est le responsable du chemin »?
Est-ce la sauce de hier au soir, l’eau des bassins, quelques amibes tatillonnes ralentirons toute la matinée notre progression, nous laissant d’autant plus apprécier l’herbe fraîche et l’air frais de cette campagne.
Le Nord Isère est tout de verdure, de bovins et de chiens ; mais pas d’indigènes, si ce n’est derrière les carreaux.
Peu avant le village, la vue sur la morne plaine est verdoyante, une jolie maison dauphinoise habitée par des hollandais apparaît au détour d’un chemin, même saint Ondras a vendu son âme au diable.
Voici Valancogne, de jolies maisons, en pisé, mais certaines dans un pis état, un arrêt coin abri : « Y aura-t-il un café, ou pas, non, mais un joli abri municipal ; une adresse à retenir » ?
Une nouvelle côte tueuse débouche sur une verdure jaunâtre de pissenlits parmi les mojons indifférents.
L’orage gronde, et de grosses gouttes de pluie épongent notre sueur.
Ouf voici le village de Lepin le lac : « Lepin, le lac, pas une boulangerie : la zone quoi ».
L’abri de l’église sera l’occasion de bavarder avec un indigène sympathique, qui au demeurant doit être le maire du village.
Un ultime chemin de croix, montant puis descendant vers notre étape, l’orage nous surprend, et nous avons juste le temps de nous enfiler dans l’hôtel du petit Paris.
L’accueil de Catherine, l’aubergiste, est sympathique, et jacquaire, et bien que taillée dans un fil de fer, elle porte à l’étage, sans sourciller nos sacs, lourds de ces quatre jours de marche.
Nous bavardons, repas faisant avec Germaine, une jaqueline, partie du fin fond de la Suisse, pour rallier l’Espagne : « quelle Constance ! »

Etape 6 : Mercredi le grand Lemps - Faramans

La fatigue faisant son effet, le départ sera tardif, puisque le clocher d’en face sonne neuf heures, lorsque peu après Germaine, nous suivrons la route menant à la côte saint André, dans cette jolie pénéplaine de la Bièvre.
La route nationale traversant le village de la Frette rompt la quiétude des lieux.
Et un peu plus loin, Anne de la Villardiere, marquise du château du même nom, insiste beaucoup pour nous inviter, non pas à laper ritif, car elle accueille toute la cousinade parisienne de la famille, mais à boire le thé : « Deuxième miracle de Saint-jacques ».
La suite du parcours sera toujours aussi campagnard et beau, malgré de gros nuages de plus en plus menaçants.
Le village natal de Berlioz est surchauffé, le château du 17ème siècle, résonne de quelques musiciens gamant leur musique ; non sommes aux abois , mais la caravane continue cependant.
L’arrêt à Faramans, un joli camping, sympathique et luxueux, sera l’occasion de faire un peu de lessive et la popote, pendant que le mâle étudie le parcours, car c’est bien connu, les dames sont incapables de lire la carte : Une adresse à retenir assurément.